Dans le cadre de la culture traditionnelle, l'éducation de l'enfant était étroitement liée au cycle des fêtes annuelles, parmi lesquelles les Saints (période allant de la Nativité à l'Epiphanie) occupaient une place particulière. Outre les jeux, les déguisements et les chants de Noël, l'outil le plus important pour transmettre les normes morales, la vision du monde et les règles sociales était les narrations orales, y compris un corpus spécial d'histoires didactiques de Noël. Ces histoires, oscillant entre les faits divers, les légendes et les fables éducatives, étaient également adressées à un public d'enfants, exécutant des fonctions éducatives et de socialisation complexes.
Le temps de Noël, selon les représentations populaires, était rempli d'une sacerdalité accrue et, en même temps, d'un danger : la frontière entre le monde des hommes et le monde des esprits («forces impures», âmes des ancêtres) s'affaiblissait. Dès leur plus jeune âge, les enfants devaient apprendre les règles du comportement pendant cette période «frontalière». Les courts récits éducatifs étaient l'instrument idéal à cet égard.
Par exemple, des récits courants prévoyaient de prévenir les enfants (en particulier les adolescents) de ne pas participer à des divinations ou de sortir la nuit. Une fable pouvait raconter comment une jeune fille, voulant seul se гадать dans une baignoire ou une trouée, se retrouvait confrontée au «diable» ou à un rôdeur, avait peur jusqu'à la moitié de la mort ou même était folle. La morale était claire : le non-respect de l'interdit sur certains types de divinations (trop risquées) ou sur la sortie de la maison après la tombée de la nuit entraînait des représailles. De cette manière, à travers la peur et le partage des émotions du héros, l'enfant intériorisait les règles de comportement sécuritaire.
Les fables enfantines de Noël étaient souvent construites selon un schéma contrasté «comportement correct/incorrect → récompense/punition».
Thème de l'hospitalité et de la générosité : L'histoire d'une famille pauvre, ayant partagé le dernier morceau avec un vieil homme pauvre (souvent à Noël), qui obtient un bien-être inattendu. Et inversement, les maîtres avares et orgueilleux, ayant chassé les chanteurs de Noël ou celui qui priait, souffrent de pertes ou de disgrâce. Ce n'est pas seulement l'éducation à la vertu, mais aussi l'apprentissage d'un rite social important - le chant de Noël, où l'échange de «don» (chanson-prière) sur «don» (gâterie) était à la base de l'actualisation sacerdotale du monde.
Thème de l'obéissance et de l'hierarchie familiale : Des récits où un enfant désobéissant, qui s'est enfui la nuit pour voir les jeux terrifiants des adultes, se perd dans la forêt, attire le malheur ou voit quelque chose d'horrible qui le pousse à se repentir. Ici, la fable renforçait l'autorité parentale.
Thème de la bonté envers les faibles : Un corpus spécial était constitué des histoires liées aux animaux. Il y avait le présage que les animaux avaient le don de la parole la nuit de Noël. Une fable pouvait raconter un enfant qui avait entendu la conversation du bétail domestique, qui prévenait les maîtres de la malédiction menaçant ou, au contraire, se plaignait du traitement cruel. Cela formait chez les enfants un comportement respectueux, presque partenaire, envers les «animaux» comme une partie importante du cosmos économique et éthique.
Pour les enfants plus âgés, qui étaient à la porte de la vie adulte (en particulier pour les filles), les histoires de Noël exécutaient une fonction initiatique. Elles les familiarisaient avec les mystères du futur mariage, de la lignée, du destin à travers le contexte des divinations. Cependant, ces mêmes fables les protégeaient contre une audace excessive. Un motif largement répandu était celui de l'apparition du prétendu marié pendant la divination, qui se transformait en une rencontre avec des forces impures prenant l'apparence d'un jeune homme beau. Le salut ici était le savoir des prières de protection, du signe de la croix ou de l'invocation du nom de Christ (particulièrement pertinent avant la Création). De cette manière, le adolescent recevait à travers le récit non seulement des «formules» de curiosité sur le futur, mais aussi des «outils» de protection spirituelle, ce qui faisait partie de son entrée dans le monde des adultes, rempli de joies et de dangers.
Aspect psychologique : De nombreux ethnographes notent que les histoires terrifiantes de Noël pour les enfants remplissaient le rôle d'une sorte de «vaccination» : en vivant la peur dans un environnement sécurisé (chez soi, près du feu, dans le cercle familial), l'enfant apprenait à gérer ses émotions et se préparait aux défis de la vie réelle.
Perfectionnement littéraire : Les écrivains russes ont activement utilisé la tradition fableuse folklorique. Un exemple classique est le récit de N.S. Léskov «Le Rouble inéchangeable» (sous-titre «Récit de Noël»). Bien que ce soit un œuvre originale, elle est construite comme une histoire éducative racontée à un enfant (la petite-fille), et contient tous les éléments de la fable de Noël : don merveilleux, choix moral (gasillage sur soi ou sur les proches), épreuve et leçon finale sur le fait que le véritable bonheur est dans la bonté et la générosité, et non dans la magie.
Témoignage ethnographique : Le célèbre collecteur de folklore P.I. Jakouskine a enregistré en 1840 une fable typique pour enfants : comment la kikimora apparaissait chez des enfants désobéissants qui ne voulaient pas aller au lit pendant les Saints et les effrayait. Cet image était souvent utilisée par les nourrices et les parents comme personnage éducatif.
Les fables de Noël pour les enfants n'étaient pas simplement des «histoires d'horreur» ou un divertissement. Elles représentaient un outil pédagogique finement construit intégré dans le contexte calendaire et mythologique. Grâce à elles, une système de valeurs (obéissance, hospitalité, bonté, prudence) était transmise, l'ordre du monde avec ses forces visibles et invisibles était expliqué, et enfin, la transition de l'enfant vers le statut adulte était préparée. En tant que partie de la tradition orale, ces histoires assuraient la continuité des générations, reliant le cycle annuel, le mode de vie familial et la formation de la personnalité morale. Leurs échos se trouvent dans la littérature autrichienne, ce qui témoigne de la profondeur et de la stabilité de ce modèle culturel.
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